



Comment le Premier mai,
journée de lutte internationale des travailleurs,
journée de grève, est-il devenu un jour férié en France?
Dès le départ, le Premier mai,
journée de lutte ouvrière, fait peur.
À défaut de pouvoir le réprimer, l'empêcher,
on s'efforce de le banaliser.
La question de sa transformation en jour férié est posée
par les rapports de police dès le début du siècle.
En 1937, l'État donne l'exemple en accordant un jour férié:
les fonctionnaires n'auront plus à faire grève pour manifester le 1er mai.
En 1941,
malgré l'occupation d'une moitié de la France par les nazis e
t la répression organisée par le régime de Vichy
dans l'autre, le 1er mai fait toujours peur.
Pétain en fait alors ...
la "Fête Nationale du Travail",
et choisit ce jour pour exposer les principes de la Charte du Travail
qu'il entend imposer comme cadre des relations sociales
C'est la grande revanche de tous ceux qui haïssent
le mouvement ouvrier parce qu'il est ouvrier,
indépendant du patronat et de l'État, et international.
Dès le Premier mai 1921, l'Action Française avait indiqué
l'objectif des ennemis du syndicalisme libre:
«Nous voulons travailler à organiser dans tout le pays
ces républiques corporatives, professionnelles,
où les syndicats de chefs d'entreprise, les syndicats de techniciens,
les syndicats ouvriers librement associés dans les conseils
du travail organiseront de concert la production française,
équilibreront leurs droits respectifs et s'entraîneront les uns les autres
vers le progrès économique et social.
Demain le Premier mai sera notre propre fête.
Le temps n'est pas loin où, dans nos rues fleuries,
le premier jour de mai verra substituer aux drapeaux noirs
de l'anarchie et de la mort, les étendards multicolores des Métiers
tenus par les mains des Constructeurs.»
C'est le programme de la Révolution nationale de Pétain,
qui s'adjoint un ancien Secrétaire confédéral de la CGT,
René Belin, comme ministre du Travail alors que la CGT est dissoute.
La Charte du Travail établit un système de corporations ouvrières
et patronales intégrées au sein même de l'État de Vichy.
C'est aussi en réaction contre ce système que la CGT
tente une réunification en 1943.
La Charte du Travail n'a pas survécu à la Libération,
même si l'idée de l'association capital-travail, de l'intégration
des syndicats à l'État n'a pas fini de trouver des adeptes ici ou là.
Mais le Premier mai est resté un jour férié...



