Accueillir notre humanité

La prise de conscience que nous appartenons
à une humanité commune,
et que cette appartenance est plus fondamentale
que tout autre appartenance,
a changé beaucoup de mes attitudes et ma vision
de l'être humain.
Elle m'a aidé à me libérer de compulsions égocentriques
et de blessures intérieures,
m'a incité à mieux accueillir ceux qui sont différents,
les « étrangers »,
et même ceux qui nous agressent,
les « ennemis ».
Passer de l'égoïsme à l'amour,
de l'esclavage à la liberté,
de l'enfermement sur soi à l'ouverture aux autres,
c'est grandir ;
c'est le chemin vers la pleine maturité humaine.
Nous sommes tous appelés à la libération du coeur,
à nous ouvrir aux autres et à découvrir ce qui fait
le fond de notre être, notre humanité commune.
Mais cette libération est un long cheminement,
depuis l'angoisse et l'enfermement sur nous-mêmes,
où nous nous sentons coupés des autres,
jusqu'à un amour plénier qui nous transforme
et nous permet d'aider les autres à se transformer.
Ce cheminement, nous ne pouvons l'accomplir seuls.
Il implique que nous appartenions, à un moment ou un autre,
à un groupe ouvert qui aide chacun à vivre
un dialogue harmonieux avec les autres,
à l'intérieur comme à l'extérieur du groupe.
On peut s'étonner que les faibles et les exclus
puissent être des maîtres en humanité,
mais c'est la vérité que je découvre en vivant avec eux.




Jean Vanier
